Pesticides et zones de non traitement, un nouveau gaspillage d’argent public !

Par voie de communiqué du 09/05/2020, le ministre de l’Agriculture annonce 30 millions d’aides à l’investissement destinés “à accompagner les agriculteurs qui investissent dans des matériels performants, permettant de limiter les distances de traitement et de mettre en place des itinéraires techniques plus économes en produits phytosanitaires.

Rappelons qu’en pleine crise sanitaire du Covid-19, le gouvernement a purement et simplement reculé devant le lobby agricole et agroalimentaire, en autorisant les épandages de pesticides à des distances encore plus faibles des habitations et des personnes vulnérables que celles – pourtant insuffisamment protectrices – imposées en décembre 2019, au détriment de la santé de nos concitoyen·nes. Et ce, sous couvert de l’existence d’un simple projet de charte, non concerté, non approuvé.

Europe Écologie les Vert avait déjà alerté sur ce véritable scandale sanitaire, quand on sait que les effets de la pollution de l’air, notamment issue de ces épandages, est un facteur aggravant de l’épidémie : https://eelv.fr/non-a-la-remise-en-cause-du-principe-de-precaution-pour-les-zones-depandage/

Le ministre de l’agriculture entend maintenant en plus faire bénéficier les pollueurs d’un plan de relance de 30 millions d’euros, avec l’objectif affiché de s’équiper en matériel “performant” qui permettra d’entériner cette réduction des distances épandages au delà du 30 juin 2020. Dérive techniciste – qui peut croire qu’un matériel d’épandage toujours plus onéreux, si performant soit-il, va protéger notre santé ou qu’il empêchera  les molécules toxiques de se répandre dans l’air, l’eau et contaminer l’environnement ?

Ces subventions ne feront que bloquer les producteurs dans l’impasse de l’agro-chimie car la subvention est conditionnée à l’achat de matériel neuf (coûteux) et à la non-revente du matériel pendant 5 ans minimum. Une fois achetés, ces équipements devront donc être rentabilisés sur une longue durée. Comment croire que l’État souhaite réellement jouer son rôle dans la transition agro-écologique ?

Dans le contexte actuel, où la population plébiscite les produits bio et locaux, il est temps que l’État mette les financements au service d’un réel basculement du modèle agricole. Alors même que la recherche scientifique a mis le cap sur la sortie des pesticides (alliance INRAe et 27 structures de recherche européennes sont mobilisées sur ” la sortie des pesticides à l’horizon 2050 ” ), l’État continue à financer le secteur de l’agro-chimie au détriment d’une agriculture respectueuse de l’environnement, de la santé de nos concitoyen·nes et de notre souveraineté alimentaire. 

Pour Éva Sas et Alain Coulombel, porte-paroles : ” le gouvernement démontre une fois encore qu’il est incapable de résister à la pression des lobbies pour protéger notre santé. Plutôt que de distribuer des millions d’euros à une filière exsangue pour continuer à épandre du poison aux abords des habitations, investissons massivement sur le développement de l’agriculture biologique et de l’agro-écologie sans pesticides de synthèse. Protégeons notre santé et participons à la reconquête de notre autonomie alimentaire à l’échelle locale, voilà le seul modèle à suivre en sortie de crise sanitaire ! ”

Alain Coulombel et Éva Sas, porte-paroles nationaux

Commission Agriculture d’EÉLV